Voix sans issue

Posted: martes, 16 de febrero de 2010 by magali in Etiquetas:
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D'étapes en étapes Moncho était devenu l'un des chefs du parti le plus important de la région. Il s'était marié, avait divorcé et s'était marié à nouveau avec deux femmes auxquelles il n'avait jamais pensé. Il avait maintenant un total de 3 enfants issus de ses deux unions. Il les berçait rapidement au rythme de ces deux leitmotivs très répandus : Il n'y en a pas. Il n'y en a plus. Il en faisait de parfaits petits Monchitos.

Il n'y en a pas. Il n'y en a plus. C'est au rythme de ces deux leitmotivs très répandus que Moncho,lui aussi, avait grandi à Cuba. Il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit « non » à la maison.
Dans les magasins non plus, on ne lui avait jamais dit « non » mais plutôt : reviens demain, ou encore : pour aujourd'hui s'est terminé, il n'y en a plus, peut-être demain... ou encore la réponse la plus cubaine de toutes : il n'y en a plus mon ciel, reviens demain. Dans tous les cas il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit « non ».
Entre amis il était habitué à s'entendre dire et à user à son tour du : je reviens ou je n'en ai pas pour longtemps ou je reviens dans un moment ou on verra, je t'appelle. Il ne se souvenait pas qu'on lui ai jamais dit « non ». Bien sûr il lui était arrivé d'attendre ou de se faire attendre, parfois en vain, bien sûr il n'avait pas toujours reçu ou donné le coup de fil promis.
Avec les femmes s'était très simple. Les mimiques codifiées permettaient de savoir à coup sûr qui était pour qui ce soir là. Les sourires, les oeillades en disaient beaucoup plus long qu'un discours. C'est pourquoi il avait parfois terminé dans un parc à une heure avancée de la nuit avec la fille à laquelle il aurait le moins pensé. Mais il ne se souvenait pas qu'une femme lui ai jamais dit « non ».
A l'université il s'était retrouvé au milieu de réunions politiques obligatoires et il lui avait toujours été facile de se lever en s'excusant puis de lâcher dans un grand sourire : je reviens, j'ai quelque chose d'urgent ou attendez-moi, je n'en ai pas pour longtemps. Avant de disparaître.
Bientôt dans les manifestations politiques publiques et collectives Moncho avait brandi son petit drapeau, enfilé son T shirt de circonstance, s'était assis au milieu des amis ou des voisins, puis s'était eclipsé en disant je reviens immédiatement. Il avait alors repéré un arbre à l'ombre duquel il s'était assoupi en attendant la fin du meeting.
Il ne se souvenait pas d'avoir jamais dit « non ». Mais à force de tout accepter, de céder sur tout il avait développé une force personnelle : l'art de bifurquer, de se réorienter et de rebondir sur tout. Il l'utilisait abondamment dans son travail et parfois aussi dans sa vie privée.

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