Le salut d'Alcofribas Nasier

Posted: domingo, 10 de enero de 2010 by magali in Etiquetas:
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Depuis trois jours que le colloque avait commencé, le professeur Juan Marques Villanco répondait héroïquement aux questions de ses collègues français, imminents professeurs à l'Université. Rapidement il s'était rendu compte que peu importait son dernier ouvrage, peu importait les voyages qu'il avait faits, le dernier en date l'ayant amené ici. Les collègues étaient obsédés par un seul et unique thème. Les questions n'étaient pas toujours posées de façon très directe : « N'avez-vous pas rencontré de problèmes pour publier votre livre ?» mais la plupart du temps elles l'étaient : « Qu'en est-il de la censure dans votre pays ? » ou encore « Que signifie le passage de pouvoir à Raoul Castro pour la liberté à Cuba ? ».


Le professeur Juan Marques Villanco essayait d'expliquer encore et encore qu'il était un spécialiste en littérature, qu'il avait été invité à ce colloque pour parler de littérature. Oui, publier n'était pas toujours simple, pire encore s'il s'agissait d'un essai sur le 16ème siècle, Rabelais, et il avait cru comprendre qu'ici aussi certaines limites existaient également. Elles étaient semblait-il d'ordre économique, pourtant les grands groupes éditoriaux, comme les grands groupes de presse, selon ce qu'il s'était laissé dire appartenaient à une poignée d'ignorants, plutôt entendus en chiffres et multiplications et très proches du pouvoir en place... Rien n'y faisait. Les collègues semblaient juste vouloir entendre ce dont ils étaient déjà persuadés avant de venir l'écouter. Peu s'aventuraient à parler de son livre, l'avaient-ils lu ? finit par se demander le professeur Juan Marques Villanco. L'avant dernier soir à l'hôtel l'espièglerie cubaine l'emporta sur la raison et il décida dans la bonne humeur de changer sa stratégie, sa réponse serait éloquente, rabelaisienne.

Il avait gardé dans sa valise un exemplaire du Granma distribué dans l'avion qu'il prit soin de ranger dans son cartable, sûr de ne pas l'oublier demain matin lors de son départ pour la dernière conférence. Il brancha son ordinateur portable et commença ses recherches : François Rabelais. La connexion était rapide, il fallait le reconnaître, il put se coucher assez tôt.

Le lendemain quelle ne fut pas la surprise des imminents universitaires français quand debout sur l'estrade et non plus assis sagement derrière la table de conférence, le collègue cubain demanda la permission de procéder à une démonstration juste après que la question suivante lui avait été posée : « Pensez-vous que la fin de la censure soit proche à Cuba ? ». Il sortit de son cartable l'exemplaire du Granma qu'il montra à l'assistance en le tenant tendu entre ses deux bras levés puis il le découpa soigneusement comme il avait coutûme de faire, en larges bandes de papier. Il les aligna sur la table de conférence. Il empoigna le micro et commença à réciter : Comment Grandgousier cogneut l'esprit merveilleux de Gargantua à l'invention d'un torchecul.

J'ay par longue et curieuse experience inventé un moyen de me torcher le cul, le plus seigneurial, le plus excellent, le plus expedient que jamais feut veu.
- Quel ? dict Grandgousier.
Comme vous le raconteray (dit Gargantua) presentement. Tandis que de sa main libre il dégraffait sa ceinture, lachait son pantalon qui tomba sur ses chaussures, se retournait montrant son cul au public, se penchait en avant tout en pliant légèrement les genoux ; il récitait toujours ; maintenant il froissait les bandes comme seuls les cubains savent faire et procédait micro en main : « Mais, concluant, je dys et mantiens qu'il n'y a tel torchecul que d'un oyzon bien duveté, pourveu qu'on luy tienne la teste entre les jambes. Et m'en croyez sus mon honneur. Car vous sentez au trou du cul une volupté mirifique, tant par la doulceur d'iceluy duvet que par la chaleur temperée de l'oizon laquelle facilement est communiquée au boyau culier et autres intestins, jusques à venir à la region du coeur et du cerveau .» à s'en torcher le cul.


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