Lo tengo to' pensao

Posted: viernes, 11 de diciembre de 2009 by magali in Etiquetas:
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ELISARDO ET MAURICIO
Il ignore pourquoi il a menti à son ami. Tous les deux sont nés en 1965, en 1990 ils recevaient ensemble leur diplôme de l'Institut Supérieur des Arts de la Havane, musiciens tous les deux ils avaient interprêté leur première composition : « Lo tengo tó pensa'o ». L'un au bongo, l'autre à la basse. Ils ont fêté leur 26ème anniversaire en 1991 l'année des jeux panaméricains. Et puis après, beaucoup de choses sont arrivées.
MAURICIO
Mauricio observe comment le marcel blanc d'Elisardo met en relief les muscles de ses bras tandis que ses mains frappent sur le bongo. Mâle et femelle, cet instrument raconte à lui seul toute l'histoire de l'humanité dans ce qu'elle a de plus sauvage. Il est l'instrument préféré des fils d'esclave, comme Elisardo ce soir.
ELISARDO
La façade de la salle de concert lui a semblé être un bon présage : cette voiture américaine encastrée dans le mur au dessus de l'entrée. Un signe du destin, c'est un peu comme si une des voitures de chez lui avait réussi à passer de l'autre côté. Comme Mauricio, comme tant d'amis du quartier. Et puis cette bagnole américaine, merde à la fin, c'est quand même le rêve américain, qu'on le veuille ou non s'était dit Elisardo. Il était entré heureux dans la salle pour la répétition en fin d'après midi. Ce soir, il en était sûr ce serait sa soirée.
MAURICIO
Elisardo transpire, la peau de ses bras luit, son expression est virile. Il émane de lui de la testostérone en vrac, en son, en direct. Mauricio est fier il sent ses doigts bouger effleurant les cordes d'une basse imaginaire. Il y a longtemps qu'il n'a pas vraiment joué. Il ne compte pas les concerts qu'il donne de temps en temps avec tel groupe ou tel autre histoire de ... dans des salles municipales souvent à moitié pleine comme il aime à dire, afin d'éviter de nommer, habitude cubaine, le mauvais côté des choses, comme pour les exorciser. Depuis toutes ces années il a toujours dit à Elisardo que tout allait bien, qu'il se débrouillait, qu'il jouait. Pourquoi perdre son temps à raconter les galères ? Les petits boulots ? Depuis longtemps il s'y était habitué et ses horaires du restaurant lui rappelaient ceux de l'orquestre. Levé tard, couché tard. Comme s'était un peu pareil il avait laissé Elisardo imaginer de belles choses. Lui aussi avait rêvé à de belles choses surtout cette année là, quand le groupe avait joué pendant trois mois en France. Il se souvient des applaudissements, des filles qui l'attendaient, des amoureux de Cuba qui venaient l'inviter après le concert. Il avait saisi sa chance à ce moment là et il était resté.
ELISARDO
Elisardo saisit le micro et annonce qu'ils vont interprêter maintenant un morceau de sa composition qu'il dédie à son frère Mauricio, co-auteur-compositeur ici présent. Pour toi, mon frère « Lo tengo tó pensa'o ».
MAURICIO ET ELISARDO
L'avion est parti ce soir pour La Havane via Paris. Mauricio n'a pas essayé de convaincre Elisardo quand il lui a dit qu'il allait rester. En trois phrases il a cessé de lui mentir. L'autre a répondu : « Ne t'inquiète pas frère, lo tengo tó pensa'o ».

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