Vincent, Paul, François et les autres

Posted: miércoles, 28 de octubre de 2009 by magali in Etiquetas:
0

Pablito s'ennuie en classe. Habitué à des cours animés où l'élève a largement la parole, la prend sans complexe, s'exprime, interroge. Ici c'est ennuyeux, voire soporifique. Souvent il rêve, il cogite, il s'en va vers des ambiances beaucoup plus moites, plus intenses. Ses profs sont inquiets, élève hermétique, les cours lui glissent dessus.
Pourtant la peinture l'intéresse et il faut bien avouer que quand le prof a demandé de choisir leur tableau préféré et de l'imprimer pour le cours suivant il n'a pas hésité. Alfredo Sosabravo, Carnaval. Son choix a fait sensation chez le prof, parmi Leonardo, Claude, Vincent (c'est lui qui gagne), Pedro, Henri, Lichtenstein... Beaucoup de filles dévoilaient leur carte postale préférée : Moi, j'adore ta carte postale, mais je préfère la mienne !Le prof a posé les oeuvres sur les tables mises bout à bout. Il a terminé la lignée en déposant un tableau de Soulages puis au dessous, seul sur une deuxième rangée : un carré blanc entouré d'un liseré noir.
Pablito a tout de suite compris. Cet été sa soeur lui a lu à haute voix la courte pièce. Ils avaient adoré le ton, pessimisme, humour et puis le ridicule des personnages, bref c'est tout à fait ça. En même temps c'est tellement grand et le livre est si petit. Il se souvient très bien de cet après-midi d'été où allongés à l'ombre du auvent dans le patio de la maison familiale à Camagüey, sa soeur et lui avaient ri, puis parlé. Cette invitation : « Mon ami Serge a acheté un tableau. C’est une toile d’environ un mètre soixante sur un mètre vingt, peinte en blanc. Le fond est blanc et si on cligne des yeux, on peut apercevoir de fins liserés blancs transversaux... ». C'est très cubain avaient-ils conclu. Cette page blanche à remplir, cette place libre à peindre, ne dit-on pas « Cada cual pinta su casa del color que le da la gana ? » cet espace à occuper, prendre son espace en parlant, en parlant, en parlant, en parlant haut, encore plus haut, en gesticulant, en gesticulant, en gesticulant, prendre sa liberté, coûte que coûte...
Il se lance sans retenue comme s'il était encore à Cuba. Le prof apprécie, tandis que les autres se chamaillent pour savoir qui a amené la plus belle carte postale.
Guy, le prof d'Arts Plastiques est interloqué. Ce matin toutes les bouches parlent de l'acte de vandalisme qui a eu lieu hier. UN ELEVE A BADIGEONNE SA MERDE SUR LES MURS BLANCS DES TOILETTES DES GARÇONS.
Le sang de Guy ne fait qu'un tour, il sent ses mains moites. Il se dirige lentement vers sa salle de cours. Puis il sourit et commence à rire, il a une idée. Pourquoi pas le muralisme au deuxième trimestre ?

0 comentarios:

LinkWithin